Qu’est ce qu’un artiste?

Qu’est ce qu’un artiste?

Qu’est-ce que cela signifie d’être un « artiste » dans notre société actuelle ? Comment peut-on devenir un artiste ? De quelle manière devez-vous créer de l’art pour qu’il soit considéré comme de l’art « réel » ? Quelle est la différence entre l’art « prétendu » et l’art « réel » ? Que devez-vous créer si vous voulez créer un art vraiment génial ?

Comment devient-on un artiste?

En comparaison, comment devient-on médecin ? C’est le même processus, non ? Vous lisez des livres sur le sujet, suivez des cours, allez à des conférences, parlez avec des experts, regardez des vidéos, etc. En d’autres termes, vous vous formez jusqu’à ce que vous soyez « certifié ». L’expérience et la foi en soi sont primordiales quant à la définition d’un artiste. L’idée est de créer quelque chose à partir de rien y d’y apporter son âme ou du moins un portion de son âme.

Néanmoins, tous les artistes créent à leur manière et de façon unique. Et cette façon est très spéciale. Elle ne peut être décrite par personne d’autre que l’artiste lui-même. Qu’est-ce que cela signifie d’être un « artiste » ? Que faut-il pour être considéré comme un « artiste » ? Dans la plupart des cas, rien. Il n’est pas nécessaire d’avoir une formation formelle. Il n’est pas nécessaire d’avoir du talent. En fait, il n’est même pas nécessaire d’aimer l’art. Mais il faut avoir « la main ».

Conseils aux jeunes artistes

Comment élaborer un véritable art ? Je crois que la réponse est « la foi ». En d’autres termes, vous devez avoir foi en ce que vous faites.

Positivement, personne ne peut dire si votre création est bonne ou mauvaise. Personne ne peut voir à l’intérieur de votre âme et savoir ce que vous ressentez. Vous seul pouvez le savoir. Vous êtes le seul à pouvoir donner vie à votre œuvre. Soyez donc prudent. Ne vous détruisez pas en essayant de faire quelque chose de « parfait ». Créez simplement et laissez faire. Si c’est bon, le reste s’occupera de lui-même. Toutes les réponses se trouvent en vous et chez personne d’autre. N’oubliez jamais cela.

Abdoulaye Ndoye : archi-texte

Abdoulaye Ndoye est né le 23 février 1953 à Dakar. Il se présente volontiers comme  un enfant de la politique culturelle de Léopold Sedar Senghor. En effet, le poète-président  qui fut un protecteur avisé des arts et lettres de son pays, a saisi l’opportunité du Festival Mondial des Arts Nègres en 1966 pour implanter des infrastructures : le théâtre Daniel Sorano, la Galerie Nationale, les Manufactures d’arts décoratifs de Thiès, le Musée Dynamique… Dans le même temps, l’Ecole de Dakar s’organise autour de Pierre Lods, le fondateur de l’Ecole de Poto-Poto à Brazzaville. Senghor fut également soucieux de la formation des jeunes. Il initia des programmes de bourses de formation  en France, en Belgique, au Mexique et ailleurs. Des jeunes sénégalais ont pu ainsi intégrer les meilleurs centres de formation de l’époque, pour apprendre le maniement des «armes miraculeuses» ; celles dont parle Césaire et qui selon Cheick Amidou Kane, permettent de « vaincre sans avoir raison.» Abdoulaye Ndoye est de ceux-là. Après sa formation à l’Académie Royale des Beaux-arts de Bruxelles (1976-1980),  il rentre à Dakar au moment où l’Ecole de Dakar structurée autour de l’atelier des arts Plastiques nègres de Pierre Lods, épuise son programme.

Prof à l’Ecole des arts, Ndoye participe à la formation des plus jeunes, trente années durant, il en a vu passer des jeunes talents ! Le sculpteur Ndary Lô, les peintres Soly Cissé, Camara Gueye, etc. Dans le même temps, il prospecte les voies d’une écriture plastique personnelle.  Flexible et attentif au design, on le retrouve également prof à l’Institut de coupe, couture et mode de Dakar.

 

Dès le début des années 1970, ses dessins et ses huiles démontrent sa maitrise de la technique du lavis. Entre le surréalisme et le symbolisme, sa touche affiche une personnalité informée et peu conventionnelle. Coup sur coup, il remporte le premier prix national de peinture en 1974, le premier prix du Bureau Sénégalais du Droit d’Auteur (BSDA) en 1984. Mais l’artiste est aussi un intellectuel qui en vient  à se poser ce qu’il tient pour les vraies questions. Quel est le rapport de l’œuvre avec son milieu ? Comment se situe-t-elle dans la dynamique des pratiques culturelles socialement validées par les esthétiques du quotidien ?

C’est que pour Abdoulaye Ndoye, la pertinence du  peintre ne tient pas à ses déclarations d’intention aussi belles soient-elles ; elle se mesure à la qualité de la construction de  son langage plastique. Une production artistique qui s’abonne au décoratif et à l’illustration, finit par tourner en rond, à la merci des recettes et des clichés. En revanche, l’artiste qui choisit d’Interroger ses matériaux, de questionner son milieu à la recherche de points d’ancrage, peut se nourrir du vécu de sa ville et de son pays, répercuter le temps du continent, tenter de voir clair dans le chaos du monde. La technique participe de cette stratégie d’adaptation de l’artiste à son milieu. Comme le soleil, elle brille pour tout le monde ; pour tous ceux qui se donnent la peine de l’apprivoiser.

Abdoulaye Ndoye a étudié la technique de la peinture primitive flamande. En échos aux recherches d’un Rembrandt, il tisse le lien serré entre ombre et lumière. « La couleur est une valeur de lumière », aime-t-il à rappeler. En référence à la technique des glacis, il superpose des rouleaux, des bandes dont certaines deviennent formes tandis que d’autres continuent à faire matière. Dans l’interaction des surfaces entrelacées, un mouvement, un rythme s’enclenchent.

A la différence des Flamands qui recourent à la chimie complexe des pigments, Abdoulaye Ndoye convoque les connaissances endogènes dans le domaine des supports et des colorants. Il recherche l’esprit des graphismes implicites et explicites qui donnent corps, puissance et présence aux masques. Il expérimente la technique du tisserand, réinvestit les formes et les figures géométriques des tisserands,  s’étonne de la sophistication des broderies, adopte la chimie des colorants endogènes dont le  henné, l’indigo… Toutes choses sans lesquelles, la femme sénégalaise se sentirait nue et qui construisent une esthétique du quotidien qui donne sens et valeur à la notion de dignité sociale.

Dans les tableaux d’Abdoulya Ndoye,

s’entend le frou-frou des chiffres et des lettres,

clignote le scintillement des arabesques et des calligraphies.

Brille l’intelligence des pictogrammes,

danse la féérie enjouée des parures des femmes…

résonnent les cris de douleurs étouffées des scarifications,

passe les ombres portées de l’élégance de la femme africaine.

Autant de surfaces d’inscriptions qui ne demandent qu’à faire livre, cartes, géographie, territoires, sens ; c’est-à-dire direction et significations.  Abdoulaye Ndoye n’est pas seulement fasciné par la richesse du drapé africain, il est également touché par les immenses ressources de la picturalité africaine.

Présent dans plusieurs collections prestigieuses dont la Smithsonian à Washington, Abdoulaye Ndoye a exposé au Sénégal, en France, en Belgique, en Suisse et aux Etats-Unis. C’est un témoin et un acteur de l’art contemporain en Afrique.

                                                              YK© Abidjan, Rotonde des Arts, 2019

L’Afrique Radieuse de Claire Marboeuf

Claire Marboeuf

Tout est vibrant et chatoyant chez Claire sa voix, son rire et son style, transcription poétique et colorée du quotidien africain. Créative dans l’âme depuis l’enfance. la jeune femme s’est fait connaître avec ses mosaïques sur masques. Mais son écriture artistique, en permanente évolution, a trouvé son expression la plus aboutie dans des canevas photographiques mêlant images en noir et blanc, peinture, pagne et bribes de journaux (dont votre serviteur si si !) Des œuvres aux allures de chasse au trésor qui posent un regard émerveillé sur les mille et une couleurs de l’Afrique noire.

Plasticienne autodidacte, Claire Marboeuf est « tombée » dans la photographie au détour d’une sortie Flash Abidjan organisée dans le quartier de Blockhaus. C’est au cours de cette incursion dans les ruelles enfiévrées de la petite enclave ébrié qu’elle a eu le déclic pour le 8.. art et imaginé ce travail alliant pagne et couleurs, qui traduit dans une harmonie chromatique presque musicale son ressenti, ses interactions et son sentiment de communion avec les personnes rencontrées. • J’aime la matière, le relief. Une photo en elle-même ne me parle pas ; ce n’est pour moi qu’un support de base, et quand je commence à peindre dessus, c’est comme si j’ouvrais une porte de perception. Mon travail est avant tout influencé par la couleur », explique l’artiste.

Dans ses créations, dont l’architecture a gagné en profondeur et perspective avec le temps, Claire mêle différents niveaux de lecture, jouant avec les couleurs et les textures mais aussi avec l’écrit et les mots. Si les femmes, par la beauté de leurs regards et les « mille vies qu’elles ont vécues », constituent son sujet de prédilection, c’est avant tout le vibrato délicat et exubérant du continent où elle vit depuis maintenant 10 ans qui nourrit son inspiration chatoiement des pagnes. éclats de rires et de voix, lumière, chaleur. prégnance du lien social… Toute cette humanité que l’on tend progressivement à oublier et que ces clichés à la douceur envoûtante nous évoquent avec grâce, forçant en toute tendresse le chemin de nos yeux et nos cœurs.

Les œuvres de Claire Marboeuf sont exposées à la Galerie Eureka, en Zone 4.